Noël sans son enfant

Posted on 27th décembre 2010 in Non classé

Je fleuris régulièrement la tombe de Léa, comme un devoir, une nécessité. D’un premier regard en traversant le cimetière, je sais qui n’a plus de visite. Je sais que cela ne veut rien dire mais des fleurs fraiches sont le signe d’une visite récente, d’une pensée. Parfois lorsque la tombe de Léa est trop fleurie, je dépose quelques fleurs sur les dalles vides à proximité.

 

La vie vous entraine, le temps passe et peut être œuvre-t-il dans son travail de deuil. Pour autant, une mère peut-elle faire le deuil de son enfant ? Le souhaite-t-elle ? Pour ma part je ne le veux pas. Le mot deuil est un terme sans consistance et flou de sens. Qu’est-ce faire son deuil ? Oublier ? Pardonner ? Accepter ?

 

Je n’en sais rien et ne souhaite pas le savoir.

 

Ma fille n’est plus là, à cause de la bêtise humaine et de la cupidité.

 

Je regarde ses photos, je frôle ses cahiers d’école, je tente de me rappeler sa voix, j’ai le souvenir de ses bras qui m’enlacent et je parviens à sourire. Le souvenir de mon enfant m’apaise et je suis sereine car elle est en moi. Je ne perçois aucun signe, je ne crois en rien après la mort mais ma fille est dans le cœur de toute sa famille et de tous ses amis.

 

Il n’est pas rare que Manuéla passe du temps dans la chambre de sa sœur, et regarde avec curiosité tous les objets d’adolescentes qui sont restés là où Léa les avait laissés. Je l’autorise à les emprunter, et les remettre à leur place.

 

Manuéla est dans l’attente d’un signe, car c’est Noël aujourd’hui. Je cherche mes mots pour ne pas briser ses espoirs et ne pas en créer inutilement. Elle sait que, même moi, sa maman je n’ai pas toutes les réponses, et que la mort soulève de nombreuses interrogations pour lesquelles personne ne peut répondre avec certitude.

 

J’ai conscience d’avoir bien de la chance d’avoir une enfant comme Manuéla. Intelligente et sensible. Nous serons toujours là, nous, ses parents, à ses côtés pour l’aimer, la choyer, lui permettre de se construire du mieux possible. Le courage de Manuéla est sidérant, elle aspire à une vie dite « normale ». Alors nous nous employons à répondre à ses attentes. Nos repas sont gais, nous rions de ses mimiques de préado. Elle écoute les mêmes chanteurs que sa sœur, emploie des expressions similaires, les intonations de voix sont très semblables. Les liens du sang sont là et je les observe silencieusement car je ne veux pas que Manuéla s’épanouisse dans l’ombre de sa grande sœur.

 

Nous avons décoré le sapin, fait une petite crèche, dressé une jolie table pour ce deuxième Noël sans Léa.

 

Manuéla a chanté, dansé, joué de la guitare. Je suis fière de ma petite cadette qui saisit la vie à bras le corps. J’aime la voir heureuse. Léa n’aurait rien voulu d’autre pour sa sœur.

 

Mais je n’oublie jamais ceux qui ont fait basculer notre vie et nous ont privés de notre enfant. Ceux qui se sont permis de jouer avec la vie de ma fille. Ces personnes doivent savoir que le temps n’érode pas la détermination d’une mère amputée de l’un de ses enfants. Il n’y aura pas de pardon, c’est un refuge trop facile dans lequel je ne m’engouffrerai pas. Cette grandeur d’âme dont certains savent faire preuve, est selon moi, propice au déni des voleurs de vies.

 

La vie est précieuse et fragile, celle d’un enfant plus encore.

 

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